⚠ Portes ouvertes du lycée Renan le samedi 17 Février !!!

Esprit, es-tu las ?

Philippe Carlier

27.01.23

Les INsolences ont fait salle comble vendredi dernier : l’invité, Philippe Charlier, qui est venu pour la troisième fois au lycée Renan, a tenu en haleine pendant 2 heures un amphi plein de jeunes de 17 à 77 ans... Il faut dire que l’intitulé de la conférence était accrocheur : Quelques nouvelles de l’au-delà – Anthropologie des fantômes en Afrique et en Asie. Mais il précise son propos : ce n’est pas de savoir si les fantômes existent ou pas qui m’intéresse, c’est pourquoi les gens s’y intéressent. Effectivement, il s’agissait bien là d’une approche anthropologique, donc basée sur des raisonnements, des méthodes et des outils scientifiques.

Ce passionnant 14-16 heures fut ainsi consacré à ces êtres présents dans toutes les cultures sur tous les continents, autant adorés que craints voire redoutés, avec lesquels il est préférable de bien s’entendre, toujours respectés : les non morts, les mal morts ou mauvais morts, les revenants, les zombies, les esprits, bref, les fantômes.

Le diaporama en noir et blanc nous a permis de faire connaissance avec quelques-unes de ces créatures – tout au moins de leur représentation – en voyageant du Japon aux Iles Salomon en passant par la Côte-d’Ivoire, le Mali, le Tchad, le Bénin, ou encore Haïti. Chaque image est détaillée, décortiquée, analysée : Philippe Charlier nous dira qu’elle est iconautopsiée , en référence à son premier métier qui était médecin légiste.

En dehors du monde occidental, bon nombre de cultures traditionnelles représentent les fantômes au moyen d’objets que l’on considère aujourd’hui comme des objets d’art : peintures, statues, masques. Mais cela va au-delà (sans jeu de mot) de la simple représentation : le fantôme ou l’esprit se trouve dans l’objet et peut en sortir, en particulier lors d’incantations.

En général, les fantômes sont au service des vivants : ils font le lien entre les vivants et la mort. Mais ils peuvent aussi être détournés de leur fonction originelle : ainsi, les yurei, qui sont au Japon les fantômes de femmes mortes de façon violente, reviennent hanter les vivants pour se venger. Dans ce même pays, le théâtre nô – théâtre spirituel au sens religieux – met en scène des invocations des morts ; les acteurs s’assimilent le plus possible à des fantômes, tant dans leur apparence physique que dans leurs mouvements et leur comportement.

Du Pacifique Sud aux Caraïbes en passant par l’Afrique sub-saharienne, des rituels très codifiés permettent d’entrer en contact avec le monde de l’au-delà. Que ce soit par le biais d’objets divers (masques, statues, amulettes) auxquels l’on confère de réels pouvoirs ou par des avatars dont on n’imagine pas forcément qu’ils sont éventuellement des humains, l’idée est de s’attirer les faveurs de ces êtres circulants.

D’un point de vue anthropologique, Philippe Charlier fait le lien entre notre civilisation occidentale européenne et les cultures traditionnelles extra-européennes grâce aux cultures de l’Antiquité gréco-romaine – un bon argument pour étudier ces cultures au lycée en spécialité et en option ! Les croyances et rituels relatifs aux fantômes existent sur tous les continents. Alors notre conférencier bifurque en fin de séance sur des rituels occidentaux, en particulier le spiritisme qui nous est venu des États-Unis. À la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe, le spiritisme se développe par refus de la toute-puissance de la science qui commence à tout expliquer dans tous les domaines ou presque. Jusqu’au point de concurrencer la religion (chrétienne). Un paradoxe intéressant : de nombreux scientifiques de renommée, des cartésiens purs et durs, s’adonnent au spiritisme.

Le propos se termine sur quelques photographies plus ou moins connues qui voudraient prouver que l’au-delà est bel et bien habité par des esprits qui peuvent se manifester auprès des vivants : une image de la mort dessinée par la mort elle-même lors d’une séance de spiritisme et à la demande de Victor Hugo, et une photographie d’une petite fille au bord de l’eau, dont le reflet est doublé de celui de sa sœur décédée...